Entretien avec le cardinal Müller sur les liens entre christianisme et marxisme


Catégorie : Franc-maçonnerie, Communisme et Antéchrist

Auteur : La Nef

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« Les communistes ont volé certaines des valeurs chrétiennes. D'autres en ont fait un désastre. »

Du site de La Nef

Dans un entretien accordé à l'America Magazine, le pape François a prononcé ces mots : « (Matthieu 25) "j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli, j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi !". Cela signifie-t-il, alors, que Jésus était communiste ? Le problème derrière cela, et que vous avez correctement identifié, c'est la réduction du message évangélique à un fait socio-politique. Si je considère l'Évangile uniquement d'un point de vue sociologique, alors oui, c'est vrai, je suis communiste et Jésus aussi. Mais derrière les Béatitudes et Matthieu 25, il y a un message qui est celui du Christ. Et cela consiste à être chrétien. Les communistes ont volé certaines des valeurs chrétiennes. D'autres en ont fait un désastre. » Ils ont été pour le journaliste allemand C. Rilinger l'occasion d'interroger le cardinal Müller – qui célèbrera lundi 20 mai 2024 la messe de clôture du Pèlerinage de Chartres – sur toute la distance qui sépare le catholicisme du communisme.

C. Rilinger (R.) : Commençons par une question de nature théologique : Dieu, le Dieu trinitaire du christianisme, a-t-il sa place dans le communisme ?

Cardinal Gerhard Ludwig Müller (M.) : « Dieu est amour » (1 Jean 4, 8.12). Cette vérité est la somme de toute notre connaissance de Dieu. Il nous a tellement aimés qu'il a donné son Fils unique sur la Croix pour que quiconque croit en lui ait la vie éternelle (cf. Jean 3, 16). Le communisme, tel qu'il nous apparaît dans le Manifeste du Parti communiste de 1848 et dans les écrits de Karl Marx et de ses disciples Lénine, Staline, Mao Tsé-toung, Pol Pot et leurs complices, est fondamentalement un athéisme. Cela se manifeste par la triade « sans Dieu – sans miséricorde – sans amour ». C'est ce qu'a souligné Alexandre Soljenitsyne, l'une de ses victimes les plus emblématiques, dans son ouvrage L'Archipel du Goulag. Marx ne nie pas seulement l'existence de Dieu comme origine de toute création et comme objectif de la quête de la vérité et du bonheur de chaque être humain. Il déclare que la religion en général est une illusion dangereuse et un opium autodestructeur du peuple. Or, par une ironie de l'histoire, c'est au contraire la déchristianisation qui, en Occident, détruit les gens mentalement et physiquement par l'usage massif d'authentiques drogues, ce même Occident où la légalisation de la consommation de drogues y est célébrée comme un progrès – sans doute sur la voie de l'autodestruction. Vladimir I. Lénine, fondateur de l'Union soviétique et figure de proue du nouvel ordre mondial athée, pouvait ainsi conclure, dès 1905, au caractère athée du marxisme dans son texte Socialisme et religion :

« Le prolétariat révolutionnaire veillera à ce que la religion soit une affaire strictement privée. Et, sous ce régime politique, débarrassé du moule médiéval, le prolétariat mènera une lutte large et ouverte pour éliminer l'esclavage économique, cette véritable source de l'abrutissement religieux de l'humanité. »

La conséquence du déni de Dieu en tant que créateur d'un monde bon (qui est un reflet de sa bonté et de son amour) et en tant que rédempteur des hommes du péché et de la mort se manifeste dans la vision nihiliste de l'homme, qui montre son visage satanique à chaque page et dans chaque action du matérialisme dialectique et historique. Fiodor Dostoïevski avait déjà prédit les conséquences du socialisme athée dans son roman Les Démons. Pour Marx, l'homme n'est pas une personne créée à l'image et à la ressemblance de Dieu avec sa dignité inaliénable, mais plutôt un ensemble de conditions idéologiques et sociales. L'homme est entièrement à la merci du collectif – État, nation, classe, race – et n'est que le matériau nécessaire à la construction d'un ordre social utopique. Car, sans Dieu, il n'y a pas de droits humains inaliénables issus de la volonté naturelle et révélée du Créateur, mais seulement une pure volonté de pouvoir des despotes et des autocrates.

C'est pourquoi vous pouvez changer et manipuler la conscience des gens par la propagande (comme l'ont fait plus tard les nazis) afin qu'ils considèrent les idées qui leur ont été inoculées comme le véritable fondement de leur être. L'idéologie woke n'est qu'une variante néo-marxiste avec des conséquences tout aussi dévastatrices que celles du « socialisme réellement existant » lorsque les gens sont persuadés qu'ils peuvent – malgré l'évidence biologique – déterminer eux-mêmes leur sexe ou le changer par une opération médicale.

R. : Si la nature athée du communisme est un fait incontestable, il reste, pourtant, que des chrétiens glorifient encore le communisme afin de construire un monde plus juste. Le fondement du communisme est l'établissement de la propriété collective des biens (du peuple ou de la communauté), dans le cadre de laquelle une personne individuelle ne peut par elle-même être propriétaire. À l'inverse, le pape Léon XIII, dans son encyclique Rerum Novarum, qui a formulé la doctrine sociale de l'Église, a défendu la propriété privée, puisque c'est d'elle que dépendent la prospérité personnelle et la possibilité de changer ses conditions de vie. Les conceptions de Léon XIII seraient-elles dépassées ?

M. : Tant en théorie qu'en pratique, le marxisme-léninisme n'a rien à voir avec la justice sociale, sauf dans la propagande des politburos et dans les convictions absurdes de tous ceux qu'ont dupés les idéologues marxistes. Pourtant, pour les intellectuels déracinés religieusement en Occident, le communisme a constitué une religion de substitution avec laquelle ils ont pu flirter, à l'instar de Jean-Paul Sartre. De manière parallèle, d'autres philosophes qui se sont délibérément éloignés du christianisme se sont laissés séduire par le national-socialisme, ce qui interroge sur leur conception de l'être (Martin Heidegger).

La seule réponse viable à la révolution industrielle du XIXe siècle et aux défis de la mondialisation technico-médiatique actuelle est la doctrine sociale catholique. Partout où elle a été mise en œuvre dans la pratique, elle a fait ses preuves avec brio (par exemple en République fédérale d'Allemagne après les terribles expériences du totalitarisme athée des nationaux-socialistes). Il n'y aura pas de justice parfaite sur terre tant que le monde sera encore sous le pouvoir du péché. La plénitude du salut ne vient qu'après le jugement final, lorsque le royaume de Dieu sera réalisé dans sa forme parfaite. À l'origine de l'histoire, Dieu a créé le paradis (comme symbole de la communion avec Dieu dans un monde destiné à servir l'homme) ; mais l'homme l'a perdu à cause du péché – non pas au sens mythique du terme, mais du fait de son libre arbitre. Et le Fils de Dieu, par son incarnation, sa mort sur la croix et sa résurrection, nous a replacés dans le paradis du Nouveau Ciel et de la Nouvelle Terre, ce qui n'apparaîtra qu'à la fin de notre pèlerinage terrestre entre les épreuves de ce monde et les consolations de Dieu (cf. II. Concile Vatican, Lumen Gentium 8). L'homme qui veut devenir son propre dieu, créateur et sauveur se fabrique lui-même comme un outil du diable (Hitler, Staline, etc.) et, au lieu du paradis sur terre, c'est l'enfer sur terre qui survient, comme en témoignent Auschwitz, le goulag, les Khmers rouges, la Révolution culturelle chinoise.

R. : Marx constate, dans le système productif, une différence entre le salarié et le propriétaire des moyens de production. Afin de compenser cette différence, il fait de la lutte des classes une nécessité. Dans le cadre de cette lutte, une fraction de la société doit être enrôlée dans le parti. Mais un tel engagement – rejoindre un parti et s'opposer aux autres – est-il compatible avec l'idée chrétienne selon laquelle tous les hommes ont accès au royaume de Dieu ?

M. : Il est tout à fait clair que le capitalisme tel qu'il existait à Manchester au XIXe siècle (tout comme l'existence, aujourd'hui, d'un véritable gouffre entre la masse pauvre de la population mondiale et les élites du pouvoir, de l'information et de la finance) n'a pas seulement été le résultat accidentel de la révolution technico-industrielle, mais a découlé aussi d'une vision de l'humanité développée par la bourgeoisie libérale, marquée par le darwinisme social, un idéal de lutte de tous contre tous (Thomas Hobbes) et la loi du plus fort (colonialisme, impérialisme, racisme, nationalisme). Si nous reprenons la métaphore du « combat », le sens de ce mot dans la Bible renvoie au combat de l'homme qui, avec l'aide de la grâce de Dieu, s'élève courageusement contre la puissance destructrice du mal dans son âme et dans le monde extérieur. Les communistes, avec la lutte d'une classe sociale contre une autre, et les nationaux-socialistes, avec la supériorité d'une race contre les autres, participent de l'asservissement et de la destruction physique, sociale et mentale de tous ceux qu'ils considèrent comme des ennemis.
Nous, chrétiens, au contraire, nous aimons chaque personne comme notre frère ou notre sœur, y compris les pécheurs et même nos ennemis, car ils ont Dieu pour Père, qui garde ouverte la porte de la conversion pour tous : « Nous ne luttons pas contre les hommes de chair et de sang » (Éphésiens 6, 12), mais contre les mauvais esprits qui troublent l'esprit des gens et empoisonnent leur cœur. Nos « armes » (Éphésiens 6, 13) sont la justice, l'évangile de paix, de foi, d'espérance et d'amour.

R. : Dans le communisme, la lutte des classes doit, le cas échéant, être menée en usant de la violence. Est-il permis d'imposer les enseignements de Dieu par la violence ?

M. : Dès le IIe siècle, Irénée de Lyon écrivait contre les gnostiques de tous les temps :

« Dieu a créé l'homme pour qu'il soit libre, en possession de sa propre force et de son âme dès l'origine, afin de pouvoir accomplir le plan de Dieu, sans en être contraint. L'usage de la force n'est pas l'affaire de Dieu. »

— Contre les hérésies IV 37, 1

Dans son discours de Ratisbonne en 2006, le pape Benoît XVI a souligné une fois de plus que Dieu est raison et que toute violence destructrice contredit Dieu. Les islamistes peuvent faire appel à Dieu – quoique de manière blasphématoire – mais leurs œuvres montrent qu'ils sont des outils du diable, « menteur et meurtrier dès le commencement » (Jean 8, 44). Le Fils de Dieu a subi la violence injuste dans son propre corps, sans faire venir du ciel douze légions d'anges, et il a ordonné à Pierre de rengainer son épée. Ce n'est que par l'amour que nous pouvons arrêter la spirale de la violence.

R. : Il est souvent répété que le christianisme primitif pourrait être comparé au communisme, au prétexte que les deux systèmes favorisent un usage collectif de la propriété. L'abolition de la propriété privée était-elle exigée au début du christianisme ? ou est-ce seulement une « obligation sociale de propriété » (pour reprendre une formulation juridique moderne) qui était visée lorsque le christianisme demandait que tous puissent bénéficier de la propriété ?

M. : Le christianisme primitif est le résultat de la foi dans le Christ crucifié, le Fils du Père, et n'a rien en commun, dans son essence ou dans sa mise en œuvre pratique, avec les systèmes politiques athées du communisme (« tout est propriété du peuple ») et du national-socialisme (« vous n'êtes rien, le peuple est tout »). La charité chrétienne se fonde sur la vérité que nous sommes tous enfants de Dieu et que tous les talents que nous possédons et tout ce que nous avons pu faire avec ces derniers sont eux-mêmes des dons de Dieu. Par conséquent, un chrétien qui possède des richesses spirituelles et matérielles légitimement acquises ne peut pas refuser la pitié à son frère s'il le voit dans le besoin spirituel et matériel. De là naissent les œuvres de miséricorde. Dans le christianisme, l'individu est le sujet de ses bonnes actions. Dans le socialisme athée, où l'homme en tant que personne n'existe pas, c'est le sujet collectif anonyme sous la forme du pouvoir de contrôle total du parti, qui distribue les biens comme bon lui semble. Dans sa vie spirituelle, un vrai chrétien garde à l'esprit ces paroles de saint Paul (souvent citées par saint Augustin) contre les Pélagiens et leur autosatisfaction : « As-tu quelque chose sans l'avoir reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l'avais pas reçu ? » (1 Cor 4, 7).

( …) R. : L'idée du communisme selon laquelle il ne devrait pas exister de propriété privée semble se retrouver dans les règles de certains ordres mendiants de l'Église, sans bien évidemment qu'on y retrouve le mépris de l'humanité qui caractérise le communisme. La vie monastique pourrait-elle servir de modèle pour la vie de tous les chrétiens ?

M. : L'idéal monastique de pauvreté évangélique, ainsi que les vœux d'obéissance et de célibat pour le Royaume des Cieux, s'enracinent dans la liberté dont dispose le chrétien de renoncer à des biens légitimes, qui sont précisément reconnus comme des dons de Dieu. La vocation du chrétien peut être de mener une vie dans le monde, dans le mariage et la famille, ce qui nécessite la possession de biens privés acquis grâce à son propre travail. Sa vocation peut également être de vivre selon les trois conseils évangéliques, mais, dans ce cas, l'engagement dans une telle vie suppose la liberté du chrétien de répondre à l'appel de Dieu. La propagande communiste, qui invoque indûment les idées chrétiennes pour faire avancer son idée fixe de propriété collective exclusive, ne peut gagner à ses vues que ceux qui sont dépourvus de toute compréhension du christianisme et sont disposés à renoncer au « droit d'aînesse », qui est le leur en tant que chrétiens en matière de justice sociale, pour le « plat de lentilles » d'une idéologie athée et inhumaine.

(…) R. : Comment gérer les nombreuses tâches de l'Église si ses membres ne sont plus en mesure de contribuer financièrement à cette fin ?

M. : L'Église, en tant que communauté de grâce, vit entièrement de l'attention aimante de Dieu envers nous, les humains. Mais, dans la mesure où elle est une structure sociologique visible, elle a également besoin de moyens matériels dans ce monde pour pouvoir accomplir ses tâches. Il ne s'agit pas seulement des aumônes collectées pour les personnes dans le besoin, mais aussi des exigences structurelles qui doivent être respectées (salaires, bâtiments, etc.). À cet égard, il existe un devoir moral pour tous les membres de l'Église de contribuer aux coût correspondant selon leurs moyens, sans agir avec Dieu comme un « boutiquier ». Nous devons tout à sa grâce, y compris les bonnes œuvres qu'il nous a rendu capables d'accomplir et pour lesquelles il nous a choisis. Quel que soit le bien que nous faisons volontairement, nous le recevons de sa grâce, et cela nous donne la vraie joie.

(…) R. : Cela nous amène à nous demander dans quelle mesure l'Église et, en particulier, le Pape doivent s'impliquer politiquement dans la politique mondiale ? Doivent-ils, dans le cadre d'un conflit ou même d'une guerre, prendre parti pour telle ou telle partie ? Ou doivent-ils plutôt utiliser leur réputation morale pour servir de médiateur entre les parties, les inviter à conclure une paix juste et appeler l'agresseur à réparer les dommages causés en violation du droit international ?

M. : Le Pape et les évêques d'une Europe encore dominée par le christianisme ont le devoir moral d'interdire la guerre comme moyen politique et d'appeler les chrétiens du monde entier à prier pour que Dieu puisse inspirer chez les responsables des pensées de paix dans le monde. Les dirigeants de Washington, Moscou et Pékin – tous âgés de 70 à 80 ans – doivent comprendre qu'ils devront, un moment ou à un autre, rendre des comptes devant le tribunal de Dieu, où ils ne pourront plus se cacher derrière la propagande insensée de leurs porte-parole. « Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu'il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu'il était dans son corps. » (2 Cor. 5, 10).

R. : Votre Éminence, merci beaucoup pour votre analyse.

Traduit de l'allemand par Jean Bernard

© LA NEF pour la traduction française, mise en ligne le 17 mai 2024. La version intégrale originale allemande est à trouver sur le site https://www.kath.net/

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