Les Papes et le Nouvel Ordre Mondial — Partie 1


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Catégorie : Église et papauté

Auteur : Mark Mallett

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Avant d'écrire au sujet du Pape François et de la Grande Réinitialisation, il me semble absolument crucial de lire ou relire l'article suivant pour comprendre comment et où la vision de l'Église d'une civilisation de l'amour, et la vision de l'ONU d'une "fraternité mondiale" se croisent... et où elles divergent. C'est précisément dans la différence entre ces deux visions que réside la « grande apostasie » ...

Première publication sur ce blog le 17 février 2020, traduction relue et corrigée.

La conclusion de la série sur le nouveau paganisme donne plutôt à réfléchir. Un pseudo environnementalisme, organisé et promu par les Nations Unies, est en train de précipiter le monde vers un « nouvel ordre mondial » toujours plus hostile à Dieu. Aussi, pourriez-vous vous demander, pourquoi le Pape François soutient-il l'ONU ? Pourquoi d'autres papes se sont-ils faits l'écho de leurs objectifs ? L'Église ne devrait-elle pas rester éloignée de cette mondialisation galopante ?

Deux visions convergentes

En réalité Jésus n'était-il pas lui-même un « mondialiste » ? En effet, Il pria pour que les nations...

... [écoutent] ma voix, [et qu'il y ait] un seul troupeau et un seul berger.

Jean 10: 16

Le Pape Léon XIII affirmait que ceci, aussi, faisait partie des objectifs des successeurs de Saint Pierre — un objectif visant aussi bien la restauration du christianisme que de l'ordre civil :

Nous avons fait converger vers deux fins principales tous les travaux entrepris et poursuivis durant Notre pontificat déjà si long : en premier lieu, la restauration, aussi bien chez les dirigeants que parmi les peuples, de la vie chrétienne dans la société et dans la famille, étant donné qu'il n'y a aucune vie véritable en dehors du Christ ; en second lieu, la réconciliation de tous ceux qui se sont éloignés de l'Église catholique... puisque le désir manifeste du Christ est de réunir tous les hommes en un seul troupeau sous un seul Berger.

Divinum Illud Munus, n° 10 (traduit partiellement depuis l'anglais)

Le premier discours que Saint Pie X prononça depuis la Chaire de Saint Pierre fut une annonce prophétique de l'imminence de cette « restauration », déclarant qu'elle serait précédée du règne de l'Antéchrist ou « Fils de Perdition ». Lequel, disait-il, « est probablement déjà dans le monde. » La généralisation de la violence lui donnait à penser « que les conflits étaient devenus universels » et donc :

Sans doute, le désir de la paix est dans tous les coeurs, et il n'est personne qui ne l'appelle de tous ses voeux. Mais cette paix, insensé qui la cherche en dehors de Dieu ; car, chasser Dieu, c'est bannir la justice ; et, la justice écartée, toute espérance de paix devient une chimère. « La paix est l'oeuvre de la justice. » (Is 22: 17)

E Supremi, 4 octobre 1903

C'est ainsi que Saint Pie X avait introduit l'expression « justice et paix », ou « paix et développement », dans le XXe siècle. Cet appel pressant à la restauration divine se fit encore plus urgent chez son successeur lorsque, une décennie plus tard, la Première Guerre mondiale éclata.

« Et elles entendront ma voix, et il n'y aura qu'un seul troupeau et un seul Berger » ... Puisse Dieu... réaliser bientôt cette prophétie, et transformer cette vision consolatrice de l'avenir en une réalité présente... Le Pape, peu importe qui il sera, répétera toujours ces mots : « Mes pensées sont des pensées de paix et non d'affliction » (Jérémie 29: 11), des pensées de paix véritable, fondée sur la justice, et qui lui permettent de dire en toute vérité : « Justice et paix s'embrassent » (Psaumes 84: 11) ... Quand cela arrivera, ce sera une heure solennelle, avec de grandes conséquences non seulement pour la restauration du Royaume du Christ, mais pour la pacification de l'Italie et également celle du monde. Nous prions avec la plus grande ardeur et demandons aux autres de prier avec Nous pour cette pacification tant désirée de la société...

— PAPE PIE XI, Ubi Arcano dei Consilio “De la paix du Christ dans le Règne de Dieu”, 23 décembre 1922 (traduction depuis l'anglais)

Tragiquement, la Seconde Guerre mondiale s'ensuivit, laissant les nations divisées et méfiantes, et les poussant à se lancer dans la course aux armes de destruction toujours plus meurtrières. C'est au lendemain de cette catastrophe mondiale, en 1945, que les Nations Unies sont nées avec comme objectif de former « une coopération de nations dans le but de résoudre les problèmes internationaux d'ordres économique, social, intellectuel ou humanitaire ». [1] L'ONU fut présidée par le Président Franklin Roosevelt, le premier ministre britannique Winston Churchill et le premier ministre soviétique Joseph Staline. Tous trois étaient francs-maçons.

Selon toute vraisemblance, l'Église n'œuvrait plus seule pour la « paix mondiale », une autre organisation « universelle » cherchait désormais à atteindre ce même objectif.

Paul VI comprit clairement que la question sociale était devenue mondiale et il saisit l'interaction existant entre l'élan vers l'unification de l'humanité et l'idéal chrétien d'une unique famille des peuples, solidaire dans une commune fraternité.

— PAPE BENOÎT XVI, Caritas in Veritate, n° 13

Deux visions divergentes

Des nations entières s'entrechoquèrent, non seulement par les guerres, mais en raison de l'essor des moyens de communication de masse. La presse écrite, la radio, le cinéma, la télévision... et finalement Internet, allaient transformer le vaste monde en un « village global » en l'espace de seulement quelques décennies. Du jour au lendemain, des nations situées à des coins opposés du globe se retrouvaient voisines, voire se découvraient de nouveaux ennemis.

Après tant de progrès scientifiques, et même à cause d'eux, le problème demeure : comment bâtir un nouvel ordre de société fondé sur des relations humaines plus équilibrées entre chaque communauté politique, au niveau national comme international ?

— PAPE ST JEAN XXIII, Mater et Magistra, Lettre encyclique, n° 212 (traduction depuis l'anglais)

C'était une question à laquelle l'Église semblait presque non préparée.

La nouveauté majeure a été l'explosion de l'interdépendance planétaire, communément appelée mondialisation. Paul VI l'avait déjà partiellement pressentie, mais le rythme féroce auquel celle-ci s'est développée n'aurait pu être anticipé.

— PAPE BENOÎT XVI, Caritas in Veritate, n° 33 (traduction depuis l'anglais)

Cependant, a-t-il observé, « la société toujours plus mondialisée nous rapproche, mais elle ne nous rend pas frères. » [2] La mondialisation était inévitable, mais pas nécessairement mauvaise en soi.

La mondialisation n'est, a priori, ni bonne, ni mauvaise. Elle sera ce que les personnes font d'elle.

— Pape Saint Jean-Paul II, Discours prononcé à l'Académie pontificale des sciences sociales le 27 avril 2001

Au moment de l'élection de saint Jean-Paul II, les Nations Unies étaient fermement établies en tant qu'arbitre mondial, principalement par le biais de missions de maintien de la paix. Mais le monde prenant conscience, plus que par le passé, des nombeuses violations de la dignité humaine qui s'étalaient sur les écrans de télévision, la notion de « droits de l'homme » évolua rapidement et devint universelle. C'est à ce moment que la vision « de la justice et de la paix », telle que comprise par les Nations Unies, commença à diverger de celle de l'Église.

Le point de divergence le plus notable fut lorsque les Nations Unies se mirent à exiger des États membres qu'ils reconnaissent le « droit universel à la santé en matière de reproduction ». Il s'agissait d'un euphémisme pour le « droit » à l'avortement et à la contraception. Saint Jean-Paul II (et les fidèles catholiques collaborant avec l'ONU) s'y est vigoureusement opposé. Il déplora la contradiction grotesque selon laquelle le processus même qui avait conduit à l'idée de « droits de l'homme » était désormais piétiné « spécialement à ces moments les plus significatifs de l'existence que sont la naissance et la mort. » Le futur saint adressa alors un avertissement prophétique aux dirigeants du monde :

C'est ce qui se produit aussi au niveau politique et gouvernemental: le droit à la vie originel et inaliénable est discuté ou dénié en se fondant sur un vote parlementaire ou sur la volonté d'une partie — qui peut même être la majorité — de la population. C'est le sinistre résultat d'un relativisme qui règne sans rencontrer d'opposition: le « droit » cesse d'être tel parce qu'il n'est plus fermement fondé sur la dignité inviolable de la personne mais qu'on le fait dépendre de la volonté du plus fort. Ainsi, dans les faits, la démocratie, contredisant ses propres principes, s'achemine vers une forme de totalitarisme.

— Pape Jean Paul II, Evangelium Vitae, n° 18, 20 (traduction partielle depuis l'anglais)

Néanmoins, les « soins en matière de santé reproductive » n'étaient pas le seul objectif des Nations Unies. Ils visaient également à éradiquer la pauvreté et la faim et à promouvoir l'accès universel à l'eau, à l'assainissement et à une énergie moderne, abordable et fiable. Il ne fait aucun doute que ces objectifs rejoignent la mission propre de l'Église, qui consiste à servir le Christ, dans les « plus petits de [ses] frères ». [3] Ce qui pose problème ici n'est, cependant, pas tant la praxis que la philosophie sous-jacente. Dit de façon succinte, « Satan lui-même se fait passer pour un ange de lumière » [4], Quand il n'était encore que cardinal, Benoît XVI aborda cette préoccupation fondamentale au sujet de l'agenda progressiste des Nations Unies.

... des efforts ont été menés pour bâtir l'avenir en tentant de puiser de manière plus ou moins profonde aux sources des traditions libérales. Sous le titre de Nouvel Ordre Mondial ces efforts prennent une configuration toujours plus définie et se réfèrent de manière toujours plus caractérisée à l'ONU et à ses Conférences internationales... qui laissent transparaître une philosophie de l'homme nouveau et du monde nouveau...

— Cardinal Joseph Ratzinger (PAPE BENOÎT XVI), préface du livre "L'Évangile face au désordre mondial", de Mgr Michel Schooyans, 1997 (PDF) ; p. 7-8 (partiellement reformulé)

En effet, des objectifs aussi opposés peuvent-ils coexister ? Comment peut-on promouvoir le droit d'un enfant à boire de l'eau potable tout en promouvant dans le même temps le droit de détruire cet enfant avant sa naissance ?

Famille humaine et Famille mondialisée

La réponse du Magistère a été de promouvoir les aspects positifs qui peuvent être trouvés dans les objectifs de l'ONU (ndtr, il existe partout des hommes et femmes de bonne volonté, y compris à l'ONU) tout en veillant toujours à dénoncer les aspects iniques. Je suppose que c'est ce que fait notre Mère l'Église avec chacun de nous en tant qu'individus : nous encourager au bien tout en nous exhortant à la repentance et à la conversion lorsque nous commettons le mal. Néanmoins, Jean-Paul II n'était pas naïf quant au potentiel des Nations Unies, à mesure qu'augmentait leur influence, de provoquer des souffrances de grande ampleur.

Le temps n'est-il pas venu où tous doivent collaborer à la constitution d'une nouvelle organisation de toute la famille humaine, pour assurer la paix et l'harmonie entre les peuples, et en même temps promouvoir leur progrès intégral ? Mais il est important d'éviter tout malentendu : il n'est pas question ici de constituer un super-État mondial.

Message pour la célébration de la Journée mondiale de la paix, 2003 ; Vatican.va

D'où le fait que beaucoup de catholiques et de chrétiens évangéliques s'inquiétèrent lorsque le Pape Benoît XVI sembla promouvoir l'idée même d'un « super-État mondial ». Voici ce que le Saint Père disait dans son encyclique :

Face à la croissance constante de l'interdépendance mondiale, et alors même que nous sommes en présence d'une récession mondiale, la nécessité se fait fortement ressentir d'une réforme de l'Organisation des Nations Unies, et pareillement des institutions économiques et de la finance internationale, afin que le concept de famille des nations puisse devenir une réalité concrète.

— PAPE BENOÎT XVI, Caritas in Veritate, n° 67 (traduction libre depuis l'anglais)

Benoît XVI n'émettait évidemment pas le désir de voir émerger un « super-État mondial », mais évoquait la nécessité d'une « réforme » de l'ONU, de sorte que la « famille des nations » puisse véritablement œuvrer en commun pour parvenir à une justice et une paix authentiques. Aucune structure, aussi petite ou large soit-elle (qu'il s'agisse d'une famille ou d'une communauté de nations), ne peut fonctionner efficacement sans un consensus moral qui, dans le même temps, oblige ses membres à rendre des comptes. C'est une simple question de bon sens.

Ce qui fut tout aussi significatif (et prophétique) fut l'appel de Benoît XVI à une réforme de l'ensemble du système économique mondial (en grande partie contrôlé par les francs-maçons et leurs banquiers internationaux). Il est évident que Benoît XVI savait quels étaient les aspects positifs et ceux qui ne l'étaient pas. Tout en reconnaissant dans la mondialisation le potentiel de venir efficacement en aide aux pays sous-développés, il n'a pas manqué d'avertir dans un langage apocalyptique :

... sans l'orientation de l'amour dans la vérité, cet élan planétaire risque de provoquer des dommages inconnus jusqu'alors ainsi que de nouvelles fractures au sein de la famille humaine... l'humanité court de nouveaux périls d'asservissement et de manipulation.

— Pape Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 33, 26.

Et encore,

L'Apocalypse de saint Jean énumère parmi les grands péchés de Babylone – symbole des grandes villes irréligieuses du monde – le fait d'exercer le commerce des corps et des âmes et d'en faire une marchandise (cf. Ap 18, 13) ...

— PAPE BENOÎT XVI, Discours à l'occasion des vœux de Noël, le 20 décembre 2010 ; Vatican.va

Il faut bien comprendre que Benoît XVI n'encourageait pas l'idée de voir un organe international suprême venir s'immiscer dans les problèmes régionaux, bien plutôt faisait-il la promotion du principe de "subsidiarité", doctrine sociale catholique selon laquelle tout ce qu'un échelon de la société peut accomplir par lui-même ne doit pas être géré par l'échelon supérieur.

Pour ne pas engendrer un dangereux pouvoir universel de type monocratique, la gouvernance de la mondialisation doit être caractérisée par la subsidiarité, articulée à de multiples échelons et faisant appel à divers niveaux qui collaborent entre eux. La mondialisation réclame certainement une autorité, puisque est en jeu le problème du bien commun qu'il faut poursuivre ensemble ; cependant cette autorité devra être exercée de manière subsidiaire et segmentée pour... ne pas porter atteinte à la liberté...

Caritas in Veritate, n° 57

Ainsi, les papes ont affirmé sans relâche que la dignité et les droits inhérents de la personne humaine doivent être au centre de cette nouvelle organisation de la société. Car c'est bien la charité, et non pas le contrôle, qui est au cœur de la vision catholique de « l'unité mondiale », et par conséquent au cœur du projet divin, parce que « Dieu est amour ».

L'humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain.

— PAPE BENOÎT XVI, Caritas in Veritate, n° 78

Si les pontifes, jusqu'à Benoît XVI, ont semblé prudents et mitigés à l'égard des objectifs de l'ONU, qu'en est-il de leur successeur, le Pape François ?

A suivre... Les Papes et le Nouvel Ordre Mondial - Partie 2

Mark Mallett
The Popes and The New World Order


[1] cf. charte des Nations unies ; studyrama.com
[2] PAPE BENOÎT XVI, Caritas in Veritate, n° 19
[3] Mt 25: 40
[4] 2 Co 11: 14

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Et donc, poursuivons et demandons-nous : l'Église a-t-elle été trop loin dans le dialogue interreligieux en essayant de s'aligner avec les Nations Unies. ? Avant d'écrire au sujet du Pape François et la Grande Réinitialisation, il est essentiel de connaître ce contexte...

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— Lire le message complet ici.

(*) l'Église

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